Je reviens après bien des temps d’absence pour un petit billet qui devrait remettre l’ambulance pardon l’église au milieu du village. Il y a depuis un certains nombres d’années une phrase qui me hérisse le poil : les ambulanciers qui cherchent à se protéger, se justifier à l’aide de textes règlementaires et de l’autre côté ceux qui jouent les juristes en herbe sans en avoir une once de qualification. Nous ne sommes pas législateurs ou hommes ou femme de loi.
Pour affronter son patron, un texte législatif ?
Souvent j’ai lu pas mal de demandes qui consistent à trouver le texte législatif concernant des problèmes divers et variés. L’objectif ? Pouvoir affronter le chef d’entreprise face à des comportements dangereux, des prises de risques, voire carrément des fraudes, des dangers immédiats. Sachez une chose : ce n’est pas un texte qu’il vous faut. Certes vous pourrez lui montrer, lui faire lire mais est-ce que cela va faire évoluer les choses ? Pas certain. A mon sens la meilleure réponse à apporter c’est une lettre de démission, un droit de retrait ou altérer les services de l’ARS.
Bref vous l’aurez compris : si d’ores et déjà un chef d’entreprise méconnait les textes règlementaires et législatifs qui régissent le transport sanitaire c’est qu’il est soit en pleine connaissance de cause sur l’illégalité de certaines de ses pratiques, soit il est incompétent. Attention je parle là de fait simples, basiques et pas des points mineurs ou tordus. Je parle de sécurité, d’usage de véhicules, de matériel présent bref : des choses qui sont enseignées et aisément vérifiables.
Si on commence à ponter des défauts obscurs laissons à chacun le bénéfice du doute. La loi étant une myriade de textes obscurs et complexes on ne peut pas toujours être parfait. Mais la simple logique doit faire éviter des dérives inacceptables et pourtant pratiquée par pas mal de responsables et dirigeant d’entreprise sanitaire.
Mais bon si les suspensions d’agréments étaient un peu plus utilisées on réduirait les comportements inadaptés et la mise en danger des patients et des professionnels ambulanciers.
Pour tenter de justifier son attitude : l’ambulancier fa fait une erreur ?
Pour d’autres, en dehors de pouvoir affronter leur chef d’entreprise suite à des pratiques métier incompatible avec l’éthique et la sécurité, il y a ceux qui veulent justifier les gestes, leurs comportements. Chose normale face à des attitudes en face parfois lunaires de la part de patients, familles, personnels médicaux, paramédicaux ou autre. Et oui faire son métier entraine parfois des affronts de la part de sachant et bienpensant. Attention encore faut-il que votre attitude soit conforme.
On peut parler des entrées administratives en hôpitaux, des prescriptions médicales de transport inadaptées, des problèmes de prise en charge, de transmissions etc. La liste est longue.
Sur ce cas de figure je reconnais que connaitre les références peut être utile pour claquer le beignet à certains condescendant qui s’imaginent que leur fonction prévaut sur votre profession et votre éthique professionnelle. Mais sachez que souvent c’est peine perdue et qu’en face il y aura toujours une tentative de fuir l’argumentation justifié, ou d’user d’autres artifices pour vous leurrer et avoir raison.
Pour essayer de justifier une erreur de la part de l’ambulancier
Si vous avez fait une erreur : la base c’est d’assumer ; Analyser l’erreur et trouver une solution voire engager une action correctrice. L’erreur n’est pas un mal elle est un atout pour le futur et éviter sa reproduction Je parle d’erreur pas de faute grave dont l’issue peut entrainer des conséquences pour un patient. Je parle d’erreur d’inexpérience, d’erreur de terrain. Le métier d’ambulancier c’est 7-8 mois d’école : mais au final le métier c’est avant tout des années d’apprentissage sur le terrain. Et il va falloir en voir des choses pour posséder assez d’expérience pour faire faces à toutes les situations.
La logique prévaut sur les textes ?
Dans l’ensemble des situations que j’ai pu voir évoquer 80% du temps l’ambulancier ne fait pas appel à sa logique ou ses connaissances, sa formation et l’enseignement reçu.
- On ne transporte pas un patient sous oxygène en VSL NON.
- NON une ambulance n’est pas un VSL donc le patient voyage sur le brancard.
- OUI toute ambulance doit être équipée des matériels obligatoires, non périmés.
- OUI vous devez voyager avec une prescription médicale. Et j’en passe et des meilleures.
- NON l’ambulance petit volume n’est pas adaptée pour des transports de soins urgent à la demande du Centre 15.
Réfléchissez, utilisez votre formation et vos connaissances plutôt que de perdre du temps avec des textes souvent nébuleux. Raisonnez : pensez au confort, à la sécurité du patient, aux assurances, aux risques potentiels. On n’est pas dans la livraison de colis. Et encore même dans ce domaine il y a des règles de sécurité.
Le textes de loi, s’interprétation et la justice
On a beau éplucher les textes, très souvent vous allez vite constater que ces textes sont nébuleux, manquent de clarté ou n’explorent pas TOUTES les situations possibles et imaginables.
Si vous devez un jour et je ne le souhaite à personne, être confronté à la justice, ou autre situation du même acabit ce sont les gens de lois qui interprèteront la législation en fonction de la situation. Donc sauf en cas de jurisprudence avérée le résultat sera plus ou moins difficile à anticiper.
Une situation = une interprétation des articles de loi et SEULS les gens de loi peuvent répondre avec exactitude sur l’application des textes règlementaires dans une situation donnée. Pas l’ambulancier.
L’ambulancier ne doit pas interpréter les textes
L’interprétation des textes est chose courante et souvent entraine des incompréhensions, des mauvaises réponses. Nous sommes ambulanciers pas légiste, pas avocat, pas agent des forces de l’ordre. Il nous incombe de nous référer à des personnes compétentes pour pouvoir les adapter.
Dans le cadre d’une réponse claire et précise à sa question apportée par le texte il est forcément beaucoup plus simple de pouvoir l’opposer à interlocuteur en cas de nécessité.
Alors soyez prudent. Autant sur des textes clairs, et limpides aucun problème. Autant sur des circulaires vieilles de 20 ans, des textes de loi assez opaques, des Et, ou des OU glissés dans les articles peuvent changer tout. N’interprétez pas, ne vous reposez pas exclusivement sur les textes pour sauver vos fesses. Protégez-vous, protégez votre équipage, protégez votre patient. C’est la base.
Et à ceux qui me diront mais mon patron : démissionnez et allez ailleurs. La déontologie et l’éthique priment sur tout le reste. Au vu de la pénurie de professionnels je pense que ça ne devrait pas être un problème.



