Décryptage : l’administration Per Os d’un médicament

Décryptage : l’administration Per Os d’un médicament

Découvrir un terme médical

Aujourd’hui encore, nous allons rentrer dans les détails d’un terme médical comme nous l’avons déjà fait dans l’article sur les d-dimères. Le but de cet article est de travailler sur un terme que nous utilisons moins et connaissons moins. A travers ces quelques lignes nous souhaitons développer vos connaissances afin d’améliorer continuellement la culture de tous les ambulanciers qui souhaitent continuer à apprendre et à se perfectionner.

Nous entendons souvent des termes dont la signification nous échappe. Pris par le temps ou la peur de passer pour un inculte, nous passons à autre chose et ne prenons pas toujours le temps d’effectuer des recherches ou prendre le temps de demander une vraie explication auprès d’un professionnel plus qualifié que nous.

Transfert, rapatriement en ambulance, l’équipage ambulancier et la sécurité du transport

Nous faisons tous des rapatriements dans le cadre de notre fonction. Rapatriement de confort ou transfert médicalisé, le principe est le même : prendre en charge un patient sur une plus longue distance que d’habitude. Lors de ses prises en charge et au vu des kilomètres à parcourir, toutes les précautions sont à prendre (encore plus qu’en temps normal). En effet il est hors de question d’omettre un détail sur l’état du patient ou sur la conduite à tenir lors du transport. De cette façon nous pouvons nous assurer de la mise en sécurité du patient et d’éviter ainsi un risque  d’éventuelle altération de l’état de notre patient pendant le transport.

Vous arrivez dans le service, vous avez pris en charge votre patient et vous êtes prêt à partir. Vous récoltez toutes les informations utiles pour vous pour la bonne tenue de votre mission et prenez tous les papiers que vous donne l’infirmière. Avant de partir le médecin présent vous tend un sachet contenant divers médicaments et il vous demande de les faire prendre à votre patient dans 3 heures « per os »…

« Per » Quoi ? Moment d’hésitation … Vous balayez dans votre tête vos cours du DEA à la recherche de ce terme mais rien n’y fait vous ne voyez pas de quoi il parle. Une chose est sûre mieux vaut mieux demander des détails au médecin que de prendre des risques. Comme on dit il n’y a pas de questions bêtes. On reconnait un vrai professionnel à celui qui connait ses limites et qui n’a pas peur de dire « je ne sais pas » plutôt que de faire semblant de savoir quitte à risquer de faire une grosse bêtise.

Alors de quel mode d’administration ce médecin voulait-il parler ?

En médecine, on distingue deux modes différents pour l’administration des médicaments, deux grandes familles : La voie parenterale et la voie entérale.

On parle de voie parenterale (du grec para, « à côté », et enteros, « tube digestif ») quand l’administration se fait par injection comme par exemple les injections intramusculaire, intraveineuse ou encore les intradermique.Par opposition à la voie pariétale, la deuxième grande famille est la voie entérale (en grec, enteros = intestin) dont l’administration de médicament se fait par l’intermédiaire du tube digestif. Nous observons plusieurs sous famille dans ce mode de prise de médicaments comme la voie rectale, nasale ou encore la voie orale. On parlera lors de l’utilisation de la voie orale, d’un médicament « per os » .

administration parentale Ambulancier : le site de référence Décryptage : l'administration Per Os d'un médicament
Diagram showing injection with syringe illustration

« Per os » qui signifie littéralement « par la bouche », de per (« par ») et ōs (« bouche »).

Per Os : l’explication du médecin

samu 63 louis bureau Ambulancier : le site de référence Décryptage : l'administration Per Os d'un médicament
Crédit photo : Louis Bureau

Afin de mieux comprendre la mécanique d’un médicament « per os » et d’optimiser la prise en charge de nos patients, nous sommes allé à la rencontre du Docteur MACABRE Yannick, médecin urgentiste au sein des équipes du SMUR d’Issoire (63).

Bonjour Yannick. Merci de prendre le temps de répondre à quelques questions. Qu’est ce qui fait que tu administres un médicament « per os » plutôt que par un autre moyen d’administration ?

Alors le choix entre la voie orale et la voie parentérale dépend de plusieurs facteurs, du degré d’urgence notamment.

En médecine d’urgence on utilise plus souvent la voie  intraveineuse. Avant de décider d’instaurer un traitement « per os », il faut s’assurer que la personne soit en état de déglutir, par exemple le patient avec séquelles d’AVC ou cas extrême les troubles de la vigilance sur des hypoglycémies.

De manière plus générale la voie orale a les avantages et les inconvénients suivants :

  • Avantages
  • Facile à utiliser par le patient lui-même
  • Peu onéreuse
  • Inconvénients
  • Risque d’altération par les sucs gastriques
  • Risque de dégradation par le foie
  • Risque d’irritation du tube digestif
  • Délai avant apparition de l’effet
  • Inefficacité si vomissement
  • Interactions médicamenteuses
  • Potentiels odeurs et goûts désagréables

Combien de temps mets un médicament « per os » à faire effet ? et combien de temps agit-il ?

Question vaste !

Pour faire simple, cela dépend des médicaments. Un traitement « per os » doit être absorbé puis métabolisé pour faire effet. Cela varie de quelques minutes (pour les antalgiques notamment il faut compter en moyenne 30 minutes) à plus d’une heure !

La durée d’action dépend du médicament lui-même (formes à libération prolongée) et du patient avec ses pathologies. Par exemple un patient insuffisant rénal mettra plus de temps à éliminer certains médicaments. Cela peut allonger leur durée d’action mais aussi devenir toxiques par accumulation.

Vous en savez un peu plus à présent sur le terme « per os » et vous pourrez adapter vos prises en charge en fonction de ce facteur et surtout vous ne resterez plus « bouche bée » quand vous l’entendrez la prochaine fois.

COVID 19, l’ambulancier bataille encore

COVID 19, l’ambulancier bataille encore

Le COVID 19 et son apparition

Nous sommes en février et depuis quelques semaines on commence à parler avec insistance du CORONAVIRUS. Une sorte de grosse grippe venue de Chine. Comme beaucoup de français je vois sa dans un premier temps comme quelques choses de très lointain, « qu’est ce que les chinois ont encore inventé ! ». Comme une majorité de français (à moins que se soit dans les gènes humains) je ne crois pas une seconde que cela va arriver en France.  On pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres et que nous on passera entres les gouttes.

J’ai souvenir à cette période avoir vu une vidéo sur Internet tournée en Chine où on y voyait des personnes habillées comme des cosmonautes, pulvérisant un produit semblable à de la poudre dans les rues chinoises.  « Non mais regarde moi sa ! C est pas un peu trop pour une grosse grippe ? Non mais n’importe quoi ses chinois « 

Oui mais voilà les jours et semaines passant , le nombre de mort de cesse de croître et on sent que le ton de notre gouvernement commence à changer. Le vent tourne tout d’un coup et je me rend compte que la Chine n’est pas si loin que ça et que la contagion avance plus vite que nous..

assistance-ambulance-noria-covid-19-tgc-medicalisé-ambulancier-le-site-

Arrivée des protocoles COVID 19

On commence à recevoir des protocoles de prises en charge pour les patients atteints par le COVID 19. Les précautions à prendre en tant que professionnel sont vraiment lourdes et contraignantes, et on commence vraiment à sentir autour de nous le stress et une certaine peur s’installer. Sa va vraiment arriver jusqu’à chez nous ?

Et puis la France prends de plein fouet cette vague dans certaines régions.  Les images à la télévision font froid dans le dos et mon optimisme des jours précédent en prend un sacré coup, on fait pas mieux que les autres et c est notre tour.

Les procédures de prise en charge reçues par mail de l’ARS changent presque tout les jours, les équipements demandés sont de plus en plus lourd. Je commence à comprendre que l’on va devoir se lancer dans la bataille sans connaître très bien l’ennemi. C’est alors que me revient en tête ses cosmonautes que j’avais vu dans une vidéo sur Internet en Chine désinfectant les rues…j’avais beaucoup ri mais je ne ri plus. On me demande de me préparer à porter les mêmes tenues.

Quand la réalité prend le pas sur le reste

A ce moment le COVID19 n’est pour moi pas encore réel,  tout se que je connais de lui c’est se que j’entend aux journaux télévisés. Le nombre de décès commence sérieusement à nous faire peur, on a l’impression que cela ne va jamais s’arrêter et on annonce un nouveau chiffre tout le jours de plus en plus effrayant.

Au travail la peur commence doucement à nous gagner. On a pratiquement tous des enfants en bas âge et nous avons tous des personnes fragiles autour de nous et nous ne voulons mettre en danger personne.

Nos habitudes changent progressivement , les premières questions que l’on posent aux patients  à domicile sont  » Avez vous de la fièvre ? »  » Est ce que vous toussez ?  » , et tampis si à la base on venait pour une chute à domicile. On devient tous un peu parano, dès qu’une personne semble un peu fébrile même si les autres maladies plus « classique  » sont bien toujours là,  il faut tenter de démêler la vraie suspicion COVID.

Première intervention sur suspicion de COVID 19

Et puis un jour le téléphone sonne au travail, le SAMU au bout du fil veut nous missionner pour une intervention urgente. Jusque là,  la routine de tous les jours,  jusqu’au moment où la régulatrice du SAMU lache le mot tant redouté  « patient avec suspicion de Covid ». Pendant quelques secondes j’ai réellement peur et je me dis  » ça y est cette fois ci c est pour nous ». Malgré tout se que j’ai vu ou entendu depuis plusieurs semaines , tout ceci n’était qu’abstrait mais la c’est réel. Un peu comme la venue d’un enfant pour un homme. On en parle pendant 9 mois sans réellement y croire et un jour BOUM , il faut aller à la maternité…Je n’était pas prêt.

On raccroche le téléphone,  on a accepté la mission et il va falloir y aller. On se regarde tous , mais qui va y aller ? C’est un peu terrifiant mais tant pis il faut y aller, on a tous décidé de faire ambulancier pour aider les personnes en difficultés et je crois qu’aujourd’hui c est à mettre encore plus que les autres jours en application. On y va !

On doit se rendre au domicile d’un patient en hyperthermie , qui tousse depuis plusieus jours et pour couronner le tout il est suivi pour différentes  maladies chroniques.

Nous ne sommes pas vraiment au point sur l’application des consignes, on comprend vite qu’il est inutile de s’habiller en partant de la base mais qu’il est préférable de le faire devant chez le patient, cela évite d’arriver chez la victime déjà tout transpirant. Comme au moment de faire ton bilan tu te rends compte que ton stylo est dans la poche de ton pantalon…qui lui même est sous ta combinaison…Que tu ne peux pas ouvrir étant donné  que tu as mis tes gants et commencé  à toucher l’environnement du patient. Bref on fera mieux avec le temps et plusieurs interventions du même type.

On doit rassurer une grande majorité de nos patients qui en plus du stress de la maladie et du fait de savoir qu’ils vont être hospitalisés, voient arriver des ambulanciers méconnaissables.

Combinaisons par dessus nos tenues professionnelles,  charlotte, gants, lunette de protection,  sur chaussure…Nous sommes à mi chemin entre le cosmonaute et le teletubbies. On utilise d’ailleurs notre apparence pour dédramatiser la situation et tenter de rassurer le patient.

Appeler à la générosité pour se protéger

Les jours passent et très vite un nouveau problème se pose. Nous sommes équipé de kits d’habillages mais en très faible quantité, impossible pour nous de faire face à cette vague avec notre matériel en l’état. Il faut penser au réapprovisionnement rapidement,  oui mais voilà PERSONNE n’est en mesure de nous fournir des tenues, des gants, des marques.  Les pharmacies sont en rupture de stock,  le SAMU n’a même pas assez de tenues pour son personnel et l’ARS est passé sur boite vocale…

Nous avons fait un appel sur les réseaux sociaux et dans notre entourage, et en quelques jours nous avons des dons de tenues jetables, charlotte et masques. Assez pour retourner de nouveau au front (on parle de guerre dans les médias à ce moment là ) afin de venir en aide aux personnes qui en ont le plus besoin.

Je n’exerce pas dans une région qui fait partie des plus touchée, malgré tout nous avons fait face et mis tout en oeuvre pour être à la hauteur de la tâche. Une période de travail qui restera à jamais dans un coin de ma tête tant elle a chamboulé nos vies professionnelles et personnelles.

En effet même à la maison et pendant plusieurs mois, j’évitais au maximum le contact avec mes enfants,  je mangeais loin d eux et je faisais chambre à part avec ma femme, inutile de prendre des des risques pour rien.

Je passerais sur les polémiques de ruptures de matériels,  les changements quotidiens de protocoles. Nous avons fait face à quelques choses de nouveaux et nous avons tous dû nous adapter.

Une solidarité sans pareille

Je retiendrais seulement deux choses de cette période. La belle solidarité que les humains sont capables de mettre en place en période de crise, les applaudissements, les pouces levés des passants quand on passe en ambulance, les pains aux chocolats déposés par monsieur X pour nous remonter le moral.

Le COVID 19 nous aura aussi démontré qu’ aussi puissant que l’on se trouve, un « simple » virus , impalpable,  invisible ,peut remettre en question la vie sur terre.

Arrêtons l’individualisme,  ouvrez les yeux autour de vous, prenez soin des uns et des autres , revenons à l essentiel et restons attentif la bataille n’est pas finie

Les D-dimères

Les D-dimères

Nouvelle rubrique afin d’alimenter votre vocabulaire et de mieux comprendre certains mécanismes du corps humain. Nous vous présentons un terme médical, aujourd’hui les D-dimères, que vous êtes supposés entendre dans le cadre de votre travail. Que vous soyez ambulancier dans le privé, le public, dans une société familiale ou dans un SMUR, vous vous devez d’étoffer votre vocabulaire pour faire de vous un ambulancier complet et ainsi adapter vos différentes prises en charge. Nous ne sommes pas médecin et donc toutes les informations que vous trouverez dans ses quelques lignes sont issues de divers sites internet.

d-dimeres-prise-sang-explique-ambulanciers-ambulancier-site-de-reference

Les D-dimeres, dans quel contexte ?

Un patient se présente ce jour aux urgences avec une dyspnée et une douleur thoracique qui dure depuis plusieurs heures. Installé dans un box et après une première analyse clinique , le médecin va prescrire une prise de sang afin d’y trouver, peut être,  des réponses. Quelques heures plus tard les résultats sont là…Le patient a un taux de D-dimeres bien trop élevé, le médecin affine enfin son diagnostic.

C’est quoi les D-dimeres ?

Les D-dimères sont issus de la dégradation de la fibrine, une protéine impliquée dans la coagulation sanguine.Quand le sang coagule, par exemple en cas de blessure, certains de ses constituants se fixent les uns aux autres, notamment à l’aide de la fibrine.

Quand la coagulation sanguine est insuffisante, elle peut être à l’origine de saignements spontanés (hémorragies). Au contraire, lorsqu’elle est excessive, elle peut être associée à la formation de caillots sanguins pouvant avoir des conséquences néfastes (thrombose veineuse profonde, embolie pulmonaire). Dans ce cas, un mécanisme de protection se met en place pour dégrader la fibrine en excès et la réduire en fragments, certains d’entres eux étant les D-dimères. Leur présence peut donc témoigner de la formation d’un caillot sanguin

Le bilan D-dimères

La concentration de D-dimères dans le sang est normalement inférieure à 500 µg/l (microgrammes par litre).

Le dosage des D-dimères a une grande valeur prédictive négative. Autrement dit, un résultat normal permet l’exclusion du diagnostic de thrombose veineuse profonde et d’embolie pulmonaire. En revanche, si le taux de D-dimères s’avère élevé, il y a une suspicion de la présence d’un caillot indiquant une possible thrombose veineuse profonde ou une embolie pulmonaire. Ce résultat doit être confirmé par d’autres examens (notamment par imagerie) : l’analyse doit donc être interprétée avec précaution.

Il existe en effet des cas d’augmentation du niveau de D-dimères non reliés à la présence de thrombose veineuse profonde et d’embolie pulmonaire.

Citons :

  • une grossesse
  • une maladie du foieune
  • hémorragie
  • la résorption d’un hématome
  • Une récente chirurgie
  • une maladie inflammatoire (comme l’arthrite rhumatoïde)
  • Ou simplement le fait d’être âgé (plus de 80 ans)

Pour information, voici le score de probabilité clinique d’embolie pulmonaire (EP)

Sources

L’ambulancier de demain, quelques pistes de réflexion

L’ambulancier de demain, quelques pistes de réflexion

Présentation, Miguel, ambulancier diplômé d’état

Je suis Miguel Martinez Allainguillaume 40 ans, successivement Ambulancier PSC1 puis Ambulancier diplômé d’état dans le secteur privé en région PACA depuis 13 ans. Un métier de coeur, une passion viscérale qui m’habite depuis toujours. Le maintien de la vie et la santé des autres est l’essence même de ma profession.

Au quotidien j’accompagne, secours, aide, protège, rassure, soigne mon prochain. Une passion qui m’anime chaque jour qui nécessite empathie et savoir faire, faisant fi de toutes les difficultés que l’ambulancier affronte. 13 ans d’une évolution personnelle douce mais certaine. La santé du patient que l’on me confie n’est plus négociable à toute sorte de pression d’être toujours plus rapide et rentable, où l’économie fait manquer le matériel, où l’incompétence de l’ambulancier s’ajoute au danger.

Je me heurte depuis des années à des collègues de travail et des employeurs qui connaissent mal les tâches qu’un ambulancier peut et doit accomplir. Un langage approximatif, des gestes approximatifs, une apparence approximative devient un métier approximatif. Je m’aperçois que deux types d’ambulanciers se dessinent, ceux qui ne cherchent pas l’évolution personnelle au quotidien et ceux qui cherchent à inventer l’évolution. Nous travaillons dans l’ombre, l’ambulancier est un métier mal connu.

 On s’accorde tous à penser que la corporation doit être mieux reconnue. Pourtant la logique voudrait que si on n’entame pas une évolution personnelle rien ne pourra changer.

L’ambulancier et le coronavirus

Depuis ce mois de mars 2020 tout est chamboulé, le Coronavirus SARS-CoV-2 à l’origine de la COVID-19 fait son entrée en scène. Les écoles et commerces sont fermés, le pays est gelé et notre utilité va de pair avec notre désillusion. Alors qu’une partie du monde se voit confinée, nous ambulanciers de France nous devons continuer à travailler jour et nuit, tel est notre travail de secourir et préserver la vie. Le soldats de l’ombre passent dans la lumière sans que nous y soyons préparés.

Alors que le président de la république remercie personnellement les ambulanciers dans ses allocutions, les médias et la population s’intéressent soudainement à notre métier. La France découvre notre utilité et notre place face à cette crise, comme si le métier venait d’être inventé, alors que je fais toujours le même travail. Des tas de reportages sortent avec des erreurs grossières mais pour le moins on parle de nous.

Bien que je connaisse parfaitement l’opinion publique du métier d’ambulancier, je suis à la fois fier d’être d’utilité publique et à la fois honteux d’être rejeté des pouvoirs publics. Je suis un ambulancier de France un véritable professionnel de santé formé pour la prise en soin de victimes contagieuses, mais moi aussi j’ai besoin d’être protégé et rassuré. Les ambulanciers sont oubliés, peu de consigne, pas de ravitaillement de matériel, l’activité diminue, des ambulanciers partout en France se retrouvent au chômage partiel.

Dans mon entreprise j’ai la chance de continuer à travailler même si le travail et le matériel nous manquent mais on se débrouille comme on peut sans l’aide de l’état. Notre activité est réduite aux patients qui ont des soins vitaux comme les dialyses, chimiothérapies et radiothérapies, sorties d’hospitalisation et bien entendu les urgences régulées par les médecins généralistes ou le SAMU. Plus le patient est immunodéprimé et fragile plus il a besoin de soins d’asepsie de qualité. Je dois m’adapter avec le matériel de protection qui diminue à vue d’oeil.

Prise de température, pose de masques chirurgicaux et lavage des mains de tout patient qui monte dans un véhicule. Interruption des missions simultanées et placement du patient à l’arrière en VSL, création de KIT COVID, mise à disposition du SAMU. Les premières victimes du coronavirus arrivent… L’inquiétude bien plus que leurs souffrances se lit sur leurs visages.

Bien que les ambulanciers connaissent les EPI (équipements individuels de protection) ils sont impressionnants pour les victimes, les interventions sont émouvantes, rassurer devient ma mission première, le bilan clinique et les gestes d’urgences doivent être réalisés avec méticulosité, la concentration est intense pour ne faire aucune erreur d’asepsie.

covid 19 - ambulancier

Arrivé aux urgences il ne faut pas perdre sa concentration chaque geste est calculé. En même temps je découvre que l’ambulancier est le seul et l’unique de la liste de la santé publique des professionnels de santé à ne pas être reconnu officiellement (ambulanciers privés ou hospitaliers) comme “personnel soignant” !! Une aberration incompréhensible, comme si l’ambulancier ne prodiguait pas de soins !! …Acteur majeur de la chaîne de soins.

En premier lieu, le transport sanitaire lui-même découle d’une prescription médicale dans la suite d’un protocole de soin. ceci dit la définition même d’une ambulance est un SOIN, outre que l’ambulancier soit titulaire d’un diplôme d’état paramédical validé par le ministère de la santé, titulaire de l’AFGSU pour les SOINS d’urgences, inscrit comme auxiliaire médical dans la liste des professionnels de santé, qu’il participe à la médicalisation, qu’il prodigue la surveillance médicale, l’oxygénothérapie, l’aspiration des muqueuses, l’accouchement, le conditionnement et manutention médico-technique des patients ou victimes, la prise de constantes dans une ambulance dédiée et équipée pour les SOINS d’urgence.

Conduire est l’élément indispensable de notre mission, mais c’est tout à fait secondaire à notre travail à tel point que d’ailleurs même dans le référentiel officiel et obligatoire du DEA ou de l’AA, la conduite y est inexistante.

Cette erreur et le manque de reconnaissance nous coûte cher durant cette crise sanitaire tout ce qui est accordé aux soignants nous passe sous le nez, pas de masque, pas de prime, pas de reconnaissance en maladie professionnelle, pas d’offre carburant du groupe Total, rejeté aux portes des officines, rejeté aux portes des écoles, il n’y a pas de place pour l’ambulancier. Un sentiment d’humiliation m’envahit. Impossible de comprendre comment un professionnel de l’urgence pré-hospitalière, professionnel de la prise en soin de toutes pathologies contagieuses peut en ce temps de crise sanitaire sans précédent se retrouver au chômage partiel ?

Alors que suite au plan blanc annoncé par l’état tous les autres professionnels de santé sont appelés à travailler. Un vrai sentiment d’inutilité. Pourquoi les ambulanciers ne sont pas dans les plans NRBC ou ORSAN de la France ? Des reportages, des témoignages, des associations ambulancières rabâchent toutes ces difficultés, je me sens privilégié, alors que nous on se débrouille à obtenir des dons de matériel, je travaille toujours, j’aime mon métier peut-être encore plus maintenant ou le regard de certain change. La corporation ambulancière entame son virage peut-être le plus important.

L’ambulancier de demain

Au moment où la crise sera derrière nous que sera l’évolution de la corporation ambulancière ? Serons-nous reconnus par l’état et par la population au côté des autres soignants? Tout le problème se pose et des problèmes qui ne datent pas de cette crise qui n’a servi qu’à mettre à jour ce qu’on avait laissé derrière nous, laissant d’autres problèmes nous submerger.

Sous la double tutelle du ministère des transports et de la santé, les ambulanciers sont trop transporteurs pour le ministère de la santé et trop sanitaires pour le ministère des transports. L’ARS, la sécu et le SAMU nous prennent pour des transporteurs de sacs de pommes de terre. En même temps il faut se poser la question qui a véhiculé cette image ?

ambulancier-storm-troopers-lego

Il est temps que tous les ambulanciers de France se soulèvent et refondent le cœur de notre métier.

➔ Saisir le conseil d’état pour la création d’ un ordre professionnel national d’ambulancier qui s’impose pour une régulation de l’accès à la profession, une représentation de la profession à l’égard des pouvoirs publics, une promotion de la profession à travers les médias et les écoles et sa fonction juridictionnelle entre autre.

➔ Avoir un badge ou une carte professionnelle généralisée délivré par le ministère de la santé.

➔ Veiller à être inscrit correctement lors de la deuxième phase au RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé)

➔ Être enregistré au répertoire ADELI et avoir un numéro comme tous les autres professionnels de santé.

➔ Basculer l’ambulancier hospitalier de la liste de l’hôpital public des métiers administratifs logistique et technique dans la catégorie des métiers soignants.

➔ Demander la tutelle complète et unique du ministère de la santé, qui engendrera un changement de convention et la refonte de notre accord cadre. Pour ce, il faudra des syndicats existants ou nouveaux fédérateurs défendant ses idées.

➔ Créer un diplôme d’état pour l’Auxiliaire ambulancier. Qu’il soit inscrit comme professionnel de santé lui aussi.

➔ Renforcer le diplôme d’état, pourquoi pas intégrer les 4 modules de l’ambulancier SMUR pour que tous les ADE soient mieux initiés à la médicalisation.

➔ Remaniement du langage professionnel afin d’adapter et supprimer tout ce qui est attrait au transport incluant la notion de santé :

  • transporteur sanitaire = ambulancier
  • prise en charge = prise en soin
  • Ect…

➔ Passer les 60h de l’attestation de formation spécialisée aux gestes et soins d’urgence en situation sanitaire exceptionnelle et faire son recyclage annuel au moins pour les ADE et renforcer le recyclage de AFGSU2

➔ Demander au CESU ou autre centre, des formations complémentaires de spécialisations de type :

  • Aspiration endo-trachéale
  • Maîtrise du langage médical
  • Gestion de la violence et l’agressivité
  • Prise en soin pédiatrique, bariatrique, gériatrique…
  • Etc…

➔ Comme le précise l’article R6312-11 du CSP l’agrément sanitaire est délivré pour l’accomplissement des transports en premier et dans tous les cas pour le SAMU, ceci dit chaque entreprise d’ambulance doit s’équiper d’au moins une ASSU pour assurer la médicalisation et les soins d’urgence.

➔ Créer un référentiel national officiel des gestes médicotechniques ambulanciers validé par le SAMU.

➔ Poursuivre à améliorer la réponse ambulancière à l’urgence pré-hospitalière avec une amélioration de nos conventions nationales:

  • Géolocalisation des ambulances par le SAMU
  • ECG et bilan connecté
  • Télémédecine
  • Ect…

En conclusion

Je pense que l’ascension de la grande corporation ambulancière de France a encore un long chemin à parcourir. Sans doute que nous allons devoir en passer par une véritable prise de conscience des ambulanciers eux même à se sentir des soignants. C’est en se considérant et se comportant comme soignant que l’on devient soignant. On devra en passer aussi par un investissement des entreprises ambulancières de nouvelles négociations avec le SAMU, la sécurité sociale et les établissements de santé devront avoir lieu pour recentrer notre métier au cœur de la santé de tous les français.

Ambulancier, le covid avant, pendant et après

Ambulancier, le covid avant, pendant et après

COVID… Deux syllabes qui font froid dans le dos. Un virus qui aura complètement chamboulé nos vies personnelles et professionnelles. Personne n’aurait pu imaginer un seul instant qu’un virus microscopique puisse remettre en question tant de choses;  jusqu’à la vie elle-même sur notre planète. En ces temps difficiles l’expression « la vie ne tient qu’à un fil » prend tout son sens.

Globalement la paranoïa (ou l’hyper vigilance) est de mise. La moindre petite courbature ressentie, fatigue ou petite céphalée se transforme rapidement en peur d’avoir contracté le virus. Les premières questions de nos bilans sont devenues « avez-vous de la fièvre ? », « Avez-vous de la toux ? » et tant pis si à la base on venait pour une chute à domicile. Jamais nous n’aurions cru devoir nous habiller une Prise en Charge sur deux en véritable cosmonaute (ou en peintre suivant votre point de vue). On se fait des nœuds au cerveau au moment du déshabillage comme si nous étions en train de désamorcer une bombe (les gants en premier ou en dernier ?!).

Le pays n’a pas été touché de la même manière dans toutes les régions. Même si la « vague » n’a pas éclaboussé tout le monde de la même manière, nous sommes tous d’accord pour dire qu’il y aura un avant et un après le COVID19. Notre manière de travailler, d’aborder les patients, de se côtoyer entres collègues, tout à changé ! Le seul point positif à tout ça (il faut bien en chercher, restons positif) c’est que le grand public et nos politiques se sont rendus compte que les ambulanciers faisaient partie de la chaine des soins. La prise en charge d’un patient atteint du COVID 19 ne commence pas en réanimation mais bien lors de l’arrivée des ambulanciers à son domicile.

Cette crise aura demandé aux ambulanciers et aux sociétés une grande capacité d’adaptation, beaucoup de débrouillardise et de la solidarité. En quelques semaines les ambulances se sont remplies de visières de protection, de tenues intégrales et même pour certains de housses de protection sur les brancards. Le monde ambulancier est rempli de chose à améliorer c’est sûr, mais il est certain qu’il est aussi plein de ressources et de courage.

Afin de nous rendre compte de tous ces changements sur le terrain, nous sommes allés interroger des ambulanciers du public ou du privé, des chefs d’entreprises de petites et grosses entreprises afin d’avoir leurs ressentis sur ce que le coronavirus a changé dans l’exercice de leurs fonctions. Nous leurs avons posé la même question à tous.

« Qu’est ce qui a changé dans votre quotidien depuis le début de cette crise ? »

Mélina, ADE, Ambulances Sainte Adresse (76)

mélina ade ambulance sainte adresse

« Il a d’abord fallu trouver une organisation pour toute l’entreprise. Mon patron a donc décidé de faire un roulement pour le chômage partiel, chaque employé fait donc un roulement pour que le chômage partiel touche tout le monde à part égale. Notre activité a énormément diminué.

Nous sommes passés de 450 transports par jour en VSL contre à peine une cinquantaine et 100 transports en ambulance contre une trentaine à peine. Ils ne nous reste plus que nos patients dialysés avec lesquels nous devons être encore plus vigilant que d’habitude pour les protéger au mieux de cette crise sanitaire, quelques patients avec des rendez-vous maintenus et des retours d’hospitalisations.

Auparavant nos journées avoisinaient environ 10-12h d’amplitude par jour et maintenant nous sommes plus autour de 7-8h. Nous avons eu la chance d’avoir eu des dons par plusieurs personnes (création de visière par exemple), dons de masques, charlottes, surblouses, gants etc. Pour les prises en charges  tout à changé. Plus de serrage de mains, nos sourires cachés derrière un masque. Difficile à comprendre pour certains qui sont habitués à nos petits gestes réconfortants.

Pour les interventions à la demande du SAMU, les demandes de prise en charge plus urgente mais aussi plus longues. Il faut déjà prendre le temps de s’équiper correctement. Nos prises en charges habituelles étaient plutôt des chutes, malaises, tentatives de suicide, altérations d’état général. Même si toutes ces interventions sont toujours présentes,  il y a aussi des décompensations suite au COVID-19 qui s’avèrent vraiment grave.

Ma première intervention pour une suspicion de COVID-19 était chez un jeune homme de 25 ans qui présentait beaucoup de symptômes mais le plus grave étant sa désaturation en air ambiant soit 80% d’oxygène dans le sang  avec une remonté à 90% sous 15L d’oxygène. Des interventions comme celle-ci, prennent environ 1h30. Il faut prendre le temps avec le patient, le stabiliser au maximum avec l’équipe médicale mais aussi prendre du temps avec la famille. Notre travail ne s’arrête pas à prendre en charge le patient et le ramener à l’hôpital.

Ensuite il faut tout désinfecter : le matériel, l’ambulance… Et surtout prendre des précautions en enlevant nos protections. Notre travail habituel a diminué sur nos transports programmés mais a augmenté pour les interventions à la demande du Centre-15. Suite à ça, deux ambulances furent dédiées tous les jours de 8h à 20h spécialement pour les interventions du C-15 et uniquement pour les cas COVID-19. »

Jérôme, ADE, Jussieu Secours (59)

jerome ade jussieu secours Ambulancier : le site de référence Ambulancier, le covid avant, pendant et après

« Dans mon secteur, nous avons été vite mis à contribution contre le covid19. Je me souviens de ma première prise en charge : le stress la peur, l’inconnu. Puis les prises en charges s’enchaînent, on apprend à dominer la bête. Un jour une amie journaliste pour BFM TV m’a contacté pour un reportage tv. La joie enfin nous allions montrer notre quotidien. Puis après le reportage le coup de téléphone que tout le monde redoute, mon enfant, ma vie en suspicion de covid19.

La peur m’a envahi et je remercie mon binôme du jour pour son professionnalisme et son sang-froid. Au final ma fille s’est avérée négative. Depuis ce jour-là mon regard à changé. Je me croyais invincible, protégé mais la réalité m’a rattrapé. J’ai un autre regard sur tout cela.

Niveau matériel nous ne sommes pas à plaindre,  je m’occupe de la gestion stocks de mon entreprise et nous avons ce qu’il faut (masques, combinaisons, bâches pour la cellule). Notre régulation nous a toujours laissé le temps nécessaire pour nos prises en charges covid19. Ce qui me révolte c’est le regard des gens sur nous et plus particulièrement le gouvernement. Nous sommes soignants quand cela les arrange. J’espère que cela va vite finir et que nous pourrons retourner vaquer à nos vies d’avant. »

Sylvie, ADE, AMBULANCES de Haute Cornouaille (29)

sylvie ade ambulances

« Nous sommes de base à 35h avec heures supplémentaires payées, depuis le confinement nous faisons juste nos 35h souvent en 4 jours. Il y a certains en taxi et nous DEA. Nous faisons 2 équipages, un du matin (8h/14h) et un du soir (13h/20h). Concernant le matériel, la femme d’un collègue qui travaille en aggro nous a fourni les combi, charlottes, surchaussures. Et la femme d’un autre collègue qui est responsable d’une crèche nous a fourni des masques ffp2 qui lui restaient du H1N1. Les lunettes nous n’en avons que 6 que nous désinfectons après l’intervention afin de les réutiliser.

L’activité en taxi est très réduite du coup nous faisons de la dispo tous les jours et on est bien occupé. Les prises en charge sont très longues avec les protections, et après également, le temps de tout désinfecter comme il faut. Notre patron nous a mis beaucoup de matériel à disposition dans les ambulances afin de tout désinfecter sur place aux urgences, et de pouvoir repartir sans passer par le bureau. 

Gary, ADE, AMBULANCES Kerleau (22)

gary-ade ambulances

« Je suis ambulancier depuis 11 ans. Cette crise sanitaire est la pire période que j’ai vécu et que je continu à vivre. En effet, ce virus fait peur et a changé mon quotidien.

Désormais quand j’arrive au travail le matin, j’ai la boule au ventre car le matériel manque mais les personnes atteintes du COVID sont toujours bien présentes elles. Désormais la première chose que je fais en arrivant est de prendre le maximum de précautions, de prendre le matériel nécessaire afin de me protéger. Quand je dis matériel, il s’agit de ce que mon employeur a réussi à se procurer car selon le gouvernement nous ne sommes pas prioritaire….

Gant, sur blouse, combinaisons, lunettes de protection et masques.

Heureusement qu’il reste des  gens qui sont là pour nous, les associations, voisins etc.… afin de nous fournir le peu qu’ils ont.

De plus, l’activité a changé elle aussi. Dorénavant la prise en charge d’un patient COVID 19 n’est pas la même qu’un patient « classique » car elle prend beaucoup plus de temps. Les précautions pour se protéger, la désinfection et tout le reste est beaucoup plus long.

L’activité journalière a elle aussi changée, les consultations et tout ce qui est habituellement fait dans notre journée est chamboulé. Nous avons désormais 90% de notre journée des patients avec une suspicion de COVID 19. Étant donné le nombre d’ambulanciers de notre société, certains ont dû être mis au chômage partiel. Du jamais vu dans notre secteur d’activité. Tout cela laissera des marques mais je n’arrêterai jamais d’être ambulancier, plus qu’un métier une passion. »

François, ADE AMBULANCES José Lievin (62)

ade ambulances

« Alors ce qui a changé dès le début de la pandémie et du confinement dans ma société : Déjà baisse d’activité de 70 à 80 %, toute les consultations et opérations non urgentes ont été déprogrammées, toutes les hospitalisations à la journée aussi (rééducation, psychiatrie…).

Certains salariés ont dû solder leurs congés payés restant avant la mise en place du chômage partiel. Effectif roulant divisé par 2.

Ensuite ça a été la course aux protections (EPI, masques chirurgicaux et ffp2, gants, charlottes, désinfectants…) et la préparation des ambulances dédiées aux transports COVID : inventaire et protection du matériel etc.

Je me suis aussi tenu au courant des protocoles de prise en charge, très changeant suivant les régions et en perpétuelle évolution. Aujourd’hui c’est presque devenu la routine, habillage/déshabillage, désinfection etc… On essaie de rester vigilant et de continuer à travailler en toute sécurité. L’activité de l’entreprise reprend tout doucement, les urgences « classiques » aussi, après plusieurs semaines de calme. » 

Alexandra & Florent, Gérants chez AMBULANCES SAINT CHRISTOPHE (08)

ambuances saint christophe Ambulancier : le site de référence Ambulancier, le covid avant, pendant et après

« Depuis le début de cette pandémie notre quotidien est totalement changé, bouleversé. Dès le confinement lancé il nous a fallu littéralement improviser une autre organisation. Nos PEC secondaires ont considérablement diminué, voir devenues quasiment inexistantes.

Nos patients ont vu leurs consultations, hospitalisations annulées. Nos transports d’enfants dépendant vers des centres spécialisés se sont vus annulés pour fermetures au même titre que les écoles. Il ne nous reste que les transports de patients dialysés, sous chimiothérapie ou radiothérapie. Nous avons vu notre charge de travail diminuée de 80%. Il a alors été instauré dans notre société le chômage partiel pour la totalité de nos salariés. Le nombre d’heures a été diminué par 3. Et s’est alors mis en place un roulement pour partager le peu de PEC secondaire qu’il nous reste.

Nous avons dû dès le confinement nous mettre à la recherche de dons de matériels (masques, combinaisons, protections, …) On a alors pu découvrir que l’entraide et la solidarité étaient toujours présentes. De nombreuses sociétés de secteurs périphériques ainsi que des particuliers ont répondu à notre appel et nous ont fourni des masques, blouses, produits de désinfection… Nous les remercions énormément pour toute cette aide apportée. Cela nous a permis de pouvoir nous protéger chaque jour lors de nos interventions.

Quotidiennement nous avons mis notre ASSU disponible pour le SAMU. Nos équipages sont restés très calme et professionnels en toutes circonstances. Même si le fait d’être en flux tendu de protections était bien présent nous sommes restés quotidiennement disponibles. Nous avons continué nos appels aux dons pour pouvoir travailler en étant protégés dans l’attente de pouvoir collaborer avec nos fournisseurs habituels. Ces derniers ont dès qu’ils l’ont pu, pris nos commandes de matériel en compte.

Les ambulanciers n’étant pas considérés comme soignant nous n’étions pas prioritaires pour les stocks de l’état. L’ATSU dont nous dépendons a au bout de plusieurs semaines réussi à nous fournir des masques et par la suite des blouses et de la solution hydro alcoolique. Pendant ce temps nos appels aux dons ont continué !

Concernant notre travail quotidien avec le SAMU, nos protocoles de PEC ont été revus, l’organisation au sein de l’entreprise n’échappant à ce changement. Notre de temps de prise en charge a été multiplié par deux par rapport à nos interventions habituelles hors COVID. Ce qui s’explique par un temps de désinfection beaucoup plus important ainsi que le temps habillage/déshabillage pour celles concernant les patients COVID ou suspect. Quant à la cellule de l’ambulance nous y avons installé un sas étanche autour du brancard.

Nous pourrions encore continuer à développer sur cette période COVID tellement notre quotidien a été modifié, bouleversé…  Mais les grandes lignes sont dites.

Il nous reste désormais à voir ce que nous allons devenir, quelle place l’ambulancier aura-t-il désormais dans notre société, dans notre pays mais aussi aux yeux de notre gouvernement ?

Nous espérons que la mobilisation de la corporation ambulancière, qui a tenu le front pendant la totalité de la période de la pandémie et malgré le manque de moyen lors des premières heures, ne sera pas oublié dans l’avenir et que la reconnaissance de cette profession soit enfin à la hauteur de ce qu’elle mérite. »

Des difficulté d’adaptation

Des témoignages qui expriment la difficulté pour les ambulanciers à s’adapter à un nouveau virus, avec des protocoles qui évoluaient de jour en jour et des équipements qui faisaient cruellement défaut. Il faut souligner le professionnalisme et le courage que tous les ambulanciers ont eu pour faire face à cette épidémie. Si certains en doutaient encore, oui les ambulanciers font partie de la chaîne des soins et le COVID 19 aura montré au grand public notre positionnement au combien important dans la préservation de la santé de notre population.