Monnayer le savoir un réel problème dans le monde d’aujourd’hui
Être ambulancier aujourd’hui, c’est exercer un métier de passion, de dévouement et d’urgence. C’est être le premier maillon de la chaîne des secours de santé publique, un acteur indispensable de la permanence des soins. Pourtant, la réalité du terrain est loin d’être idyllique. Notre secteur traverse une crise d’attractivité sans précédent : pénurie de personnel, conditions de travail exigeantes, horaires décalés, et par-dessus tout, un manque cruel de reconnaissance institutionnelle et citoyenne.
Pour inverser la tendance et tirer notre profession vers le haut, il n’y a pas de secret : nous devons monter en compétences, valoriser notre expertise et harmoniser nos pratiques. C’est ici que le bât blesse et qu’intervient mon coup de gueule du jour. Depuis quelque temps, on assiste à une tendance de plus en plus marquée à la monétisation de l’information, des fiches réflexes, des protocoles et du savoir pré-hospitalier. Est-il normal, dans un métier de santé en quête de légitimité, de devoir payer pour accéder à des connaissances cruciales ? L’accès au savoir doit rester fiable, universel et gratuit.
Briser les barrières à l’entrée et fidéliser
Le manque de bras dans notre métier est une réalité quotidienne. Pour attirer de nouvelles recrues et donner envie aux jeunes de s’engager, nous devons rendre la profession accueillante et stimulante. Si un ambulancier débutant, souvent payé au lance-pierres en début de carrière, doit constamment sortir sa carte bleue pour s’auto-former, comprendre un nouveau protocole ou réviser des concepts de physiopathologie, nous créons une barrière injuste. Le savoir gratuit est un levier d’attractivité majeur.
Élever le niveau global pour gagner en reconnaissance
Nous nous battons chaque jour pour que l’ambulancier ne soit plus vu comme un simple « chauffeur », mais comme un véritable professionnel de santé. Cette reconnaissance passe par notre niveau d’expertise sur le terrain. Si la connaissance est réservée à ceux qui ont les moyens de se payer des abonnements, des e-learnings privés ou des guides exclusifs, nous créons une médecine préhospitalière à deux vitesses. L’accès gratuit à une information fiable permet à chaque ambulancier, peu importe son entreprise ou sa région, de se perfectionner. Plus le niveau général s’élève, plus notre crédibilité collective grandit face aux autres corps médicaux.

L’éthique du soin et de la transmission
Le cœur de notre métier repose sur la solidarité, l’entraide et le service public. Verrouiller le savoir derrière des « paywalls » (murs de paiement) est en contradiction totale avec cette philosophie. Les retours d’expérience (RETEX), les explications de décrets ou les partages de bonnes pratiques cliniques ne devraient pas être traités comme des marchandises. Dans le domaine du secours, partager une information peut littéralement aider à sauver une vie le lendemain. Le savoir est un bien commun.
La réalité économique de la création de contenu
Pour être tout à fait honnête et complet, il convient d’analyser la position inverse. Pourquoi certains collègues ou organismes font-ils le choix de faire payer ce savoir ?
Le temps, l’expertise et le travail de l’ombre
Rédiger un article de blog de qualité, vulgariser un texte de loi complexe, vulgariser une recommandation de la Haute Autorité de Santé (HAS) ou concevoir une infographie pédagogique demande un temps infini. Ce travail de recherche, de synthèse et de mise en page est souvent réalisé sur le temps de repos de professionnels passionnés. On peut comprendre que ces auteurs estiment que tout travail mérite salaire et cherchent une juste rétribution pour leur expertise.
Les coûts techniques et logistiques
Faire vivre un site internet, héberger des podcasts, monter des vidéos explicatives ou imprimer des livrets pédagogiques engendre des frais réels et matériels. Le bénévolat a ses limites financières. Sans un modèle économique (via des abonnements ou de la vente de documents), de nombreux créateurs de contenus indépendants ne pourraient tout simplement pas payer l’hébergement de leurs plateformes, ce qui ferait disparaître la ressource elle-même.
Les carences du système de formation continue
Si le savoir se privatise, c’est aussi parce que le système institutionnel est défaillant. Contrairement à d’autres professions de santé (infirmiers, médecins) qui bénéficient de budgets de formation continue bien définis et de plateformes d’État très fournies, les ambulanciers sont souvent les parents pauvres de la formation. Ce vide pédagogique a été comblé par des initiatives privées qui, pour survivre, ont dû adopter un modèle payant.
Pour un modèle équitable, solidaire et collaboratif
Le constat est posé, mais nous ne pouvons pas en rester là. S’il est tout à fait légitime que des formations certifiantes, des diplômes ou des outils technologiques complexes soient payants, l’information de base, la veille professionnelle et les fiches de révision doivent rester gratuites.
Pour concilier les deux visions, nous devons imaginer d’autres modèles : le financement par le mécénat d’entreprise, le soutien des fédérations patronales, ou encore la création de bases de données publiques et collaboratives (à la manière d’un Wikipédia de l’urgence préhospitalière). Je sais au vu du contexte économique je peux toujurs conserver ça comme une utopie. En 16 ans d’existence je n’ai aps réussi à fédérer des organismes donc aujourd’hui je doite que ça fonctionne. Peut-être aussi dû au fait d’une certaine franchise qui pourrait déranger.
Notre métier souffre. Ne lui ajoutons pas une taxe sur l’intelligence et la compétence. C’est en partageant nos connaissances de manière ouverte et désintéressée que nous construirons une corporation forte, soudée et enfin respectée à sa juste valeur. Ne laissons pas le savoir sous clé ; mettons-le au service de nos patients et de notre avenir.



